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DITES-MOI

Émission de la RTBF diffusée le 8 février 2002
(15 jours avant l'enlèvement d'Ingrid...)

2ème partie

 

La cause est difficile, et en effet, quand on voit la situation en Colombie telle que vous la décrivez dans votre livre « La rage au cœur », eh bien c’est épouvantable : corruption généralisée, les parlementaires, la justice, la police, beaucoup d’industriels.., et puis, il n’y a pas que la corruption, il y a les cartels de la drogue !

Surtout les cartels de la drogue !

Mais il faut aussi dire qu’il y a une grande différence entre disons ce que sont l’établissement, la dirigeance Colombienne et qui elle est effectivement majoritairement corrompue, très corrompue et le peuple Colombien.

Le peuple Colombien est un peuple absolument extraordinaire.

Ceux qui connaissent la Colombie et qui sont allés en Colombie peuvent témoigner de ce que je peux témoigner moi aussi. C’est à dire un peuple honnête, travailleur, éduqué avec un niveau culturel impressionnant, haut, avec une grande sensibilité, une disposition au bonheur qui dans le malheur ambiant et dans la violence et dans la souffrance qui est celle du peuple Colombien, est tout à fait extraordinaire.

Et je crois qu’il est important que la Colombie s’en sorte, parce que dans la réflexion des Colombiens, il y aussi beaucoup de promesses porteuses pour la planète, je pense enfin, pour tous ces êtres humains qui nous sentons un petit peu dépassés par les évènements mais qui ne fléchissons jamais, qui ne perdons jamais l’espoir, qui sommes toujours prêts à reprendre la bataille là où elle doit être prise, de façon à gagner en fin de compte.

Et je crois que le peuple Colombien est un exemple d’héroïsme.

Je le pense vraiment.

Alors, on disait la corruption, les narco-trafiquants.. la guérilla aussi ?

La guérilla, les paramilitaires..

Avec différents chefs militaires, pardon, différents chefs de guerre et les paramilitaires, ça, c’est plutôt l’extrême droite, si je comprends bien ?

Le système Colombien est un système dans lequel la démocratie ne fonctionne pas. Et lorsqu’une démocratie ne fonctionne pas, les droits des habitants, enfin les habitants n’ont pas de droits réels. Donc à un moment donné, ils s’insurgent, ils réclament leurs droits, sauf qu’en Colombie, c’est devenu, cette insurgence et cette forme de réclamer par la violence ces droits qui n’existent pas fait partie maintenant du status quo, fait partie des choses qui expliquent que rien ne change en Colombie.

Parce qu’à chaque fois qu’on veut faire une réforme, chaque fois qu’on veut produire une

transformation de fond, on vous dit : « Ouh lala ! Attention ! Ne touchez pas à ça, parce qu’au sinon, c’est la guérilla qui prendra le pouvoir ou les paramilitaires qui arriveront ! »

Et donc, on vit dans cette espèce de neutralisation des forces vitales du pays et par, par disons la peur et par, par l’attente d’une catastrophe pire que celle que nous avons aujourd’hui, puisque nous vivons dans l’anarchie.

Ce que je crois qu’il faut faire et ce que je veux faire, moi, je le fais au nom de tous les Colombiens, parce que nous sommes beaucoup, des millions de Colombiens à vouloir et à chercher une Colombie nouvelle- c’est couper avec le passé, c’est vraiment faire autre chose. C’est un pays qui devra écrire son histoire sur une page blanche.

Et cette page blanche, nous avons, nous, génération d’aujourd’hui, la responsabilité de l’écrire et de l’écrire bien.

Et donc tout cela est une réflexion qui nourrit un processus très fort qui se vit en Colombie, dans le sens de véritablement mettre les choses en bonne et due forme et nous donner à nous Colombiens la possibilité de vivre une véritable démocratie.

Ce qui a provoqué le déclic chez vous aussi, parce que vous allez renoncer à votre confort, on a dit que vous étiez l’épouse d’un diplomate français, que vous viviez, je ne vais pas dire dans le luxe, mais dans le confort, vous avez eu deux enfants avec lui. Et vous allez renoncer à tout cela, parce qu’un jour, enfin, c’est une des causes, c’est ce fameux candidat à la présidence de la république, Galan qui se fait assassiner.

ca va provoquer le déclic chez vous.

On le voit là, votre maman est à côté, à l’arrière plan ; je suppose ? ?

Oui. Alors Galan.. En fait ce qui déclenche en moi le besoin absolu de revenir en Colombie, c’est le fait de savoir que maman était à côté de lui au moment de l’assassinat. Et quand j’appelle tranquillement pour prendre de ses nouvelles, je me rends compte que j’aurais pu avoir quelqu’un au téléphone qui me dise : »votre mère vient d’être assassinée » .

C’est une histoire très bizarre, parce que ce jour-là, ils avaient un meeting politique et maman était très nerveuse. Elle avait dit à Luis Carlos Galan : « Il faut que tu fasses très attention, tu ne devrais peut-être pas y aller à ce meeting ! » Parce qu’il avait déjà été victime d’un attentat manqué trois jours avant. Et il était clair qu’étant donné qu’il avait une politique de confrontation avec les cartels, et en particulier, avec Pablo Escobar, il y avait une volonté de l’assassiner enfin, c’était une décision prise de la part de la mafia colombiennne.

Et au moment où Galan est entrain de monter sur l’estrade pour saluer la foule, Maman trébuche, elle tombe et ce sont ces secondes d’écarts parce qu’elle était juste derrière lui, elle devait monter juste derrière lui, et c’est ce qui va la sauver.

A ce moment là, part la rafale de feu, Galan est assassiné sous ses yeux et c’est un véritable cauchemar pour elle et un cauchemar pour la Colombie, parce que Galan, c’était, c’était l’espoir.

Et, à partir de là, moi, j’étais à l’étranger et elle me raconte tout ceci au téléphone et ..je sais que je ne peux plus remettre à plus tard mon retour en Colombie.

Mais, vous allez retourner en Colombie,abandonnant le mari, le confort, on l’a dit et vous allez- vous n’avez pas de travail à ce moment-là- vous allez entrer au ministère des finances et vous allez devenir conseillère technique.

Oui.

Et ça, ça va vous amener sur le terrain. Et vous allez voir la misère du peuple Colombien.

La misère et la richesse du gouvernement Colombien. Et, c’est le gouvernement, le contraste.

La Colombie est un pays très, très riche et il y a véritablement de quoi faire un pays extraordinaire.

Les richesses sont là, les richesses naturelles. C’est un pays très grand.

La richesse humaine, la qualité des professionnels qui travaillent dans les ministères en Colombie, l’administration publique colombienne. Et tout ça est totalement neutralisé et bloqué par un affairisme d’état, par une corruption politique qui bloque tout le système.

Alors, j’ai vu ça, j’ai vu les besoins des Colombiens et comment ces besoins n’étaient pas assumés par le gouvernement alors que nous avons de quoi le faire.

J’ai vu l’affairisme d’état qui est terrible, la logique avec laquelle se prennent les décisions, et après avoir travaillé comme conseillère du ministre des finances, et ensuite,j’ai travaillé aussi comme conseillère du ministre extérieur.

Face à l’impossibilité de faire que les bonnes décisions soient prises, nous décidons avec une amie que nous avons vue sur une photo, Clara.. On se dit que si toutes les décisions sont prises dans la scène politique ... Allons-y, allons voir si on peut véritablement faire quelque chose. Et quand on se lance en politique, quand on prend la décision de faire de la politique, tout le monde nous dit : « C’est impossible ! Ici en Colombie, pour faire de la politique, il faut avoir un cacique, il faut avoir un patron politique qui vous ouvre les portes. Vous n’êtes personne, personne ne vous connaît. C’est impossible ! »

Et puis, on a réussi !

Votre patron, le ministre vous dit : » Tu vas au casse-pipes, enfin, mais je te reprendrai après les élections ! »

Très gentil !

Il m’a dit « De toutes façons, si tu n’es pas élue, on te garde ta place. »

Mais ce qui est extraordinaire, c’est que finalement, on a réussi à tenir le pari. C’est à dire, on misait sur le fait qu’en Colombie, il y avait beaucoup de gens comme nous qui ne voulaient plus se soumettre, qui ne voulaient plus accepter ce qui se passait.

Et ce n’est pas évident parce que le système fait que les Colombiens n’ont pas véritablement disons les instruments pour s’exprimer : ni dans les élections, puisque ce sont des élections dans lesquelles la fraude est absolue, les médias Colombiens désinforment énormément et ne retransmettent pas non plus le désir des Colombiens de casser avec le passé et de faire une Colombie nouvelle.

Et donc, nous sommes sur le terrain, nous faisons une campagne scandaleuse pour certains mais effective puisque nous sommes élus. Et là commence un cheminement très, très dur, puisque c’est la découverte véritablement du monstre, c’est à dire de l’alliance entre la classe politique traditionnelle colombienne et la mafia colombienne.

Et comment cette alliance neutralise la justice, neutralise le parlement, neutralise le gouvernement de façon à ce que les activités illégales en Colombie soient prometteuse et prennent beaucoup d’essor.

Et des preuves de ces liens qui existent entre le pouvoir et la mafia, ce sont les frères Rodriguez aussi qui vont vous les donner.

Les frères Rodriguez, on connaît peut-être moins bien en Europe qu’ Escobar dont on parlait tout à l’heure et qui avait été abattu. C’était le cartel de Medelin et les frères Rodriguez, c’est le cartel de Cali.

Mais vous allez les rencontrer ces gens !

Et ça ne vous fait pas peur, non ?

Si j’ai été inquiète quand je les ai vus.. parce qu’évidemment je les voyais dans les magazines et c’était le visage du criminel.

Et quand je les vois comme ça, j’ai été très surprise. Très surprise parce que .. ça m’a permis de comprendre beaucoup de choses.

La première chose qu’ils me disent, c’est : « Ah, vous pensiez que nous allions arriver avec des tas de médailles en or et regardez : nous sommes des gens simples ! »

Ensuite, ils vont me tenir un discours comme quoi ils ont fait beaucoup de bien à la Colombie parce qu’ils donnent beaucoup de travail aux Colombiens.

Alors évidemment, je m’insurge contre tout ça et je leur dis : « Non ! Ecoutez, vous ne pouvez pas tenir ce discours ! Il faut quand même que vous soyez conscients que nous Colombiens, si à l’extérieur, on nous montre du doigt, si à chaque fois qu’il y a un Colombien qui est reconnu quelque part, on fait bien attention de montrer qu’en Colombie, ce n’est pas seulement le bon côté, mais qu’il y a la drogue...Et en Colombie, la drogue, c’est vous et vous êtes responsables de cela ! »

Et là, il y a un clash et c’est un petit peu aussi la prise de conscience de ce monde qu’ils se sont construits, un monde dans lequel tous les gens autour d’eux leur tiennent un discours ..

Ce sont des rois !

Ils ont leur cour à eux et les gens leur rendent des honneurs et ils arrivent à contrôler les ficelles du pouvoir que ce soit le pouvoir de la justice ou le pouvoir du Congrès et..

de la police ?

de la police et ils avaient financé le président de la République. C’est aussi ça !

Ca veut dire qu’ils avaient dans leur poche, à leur solde le président de la République !

Alors en sachant ça, que faire ?

Parce que le président de la République, c’est un pouvoir très important, comme dans tous les pays du monde, et faire face au président de la République en dénonçant les relations avec les trafiquants de drogue est quelque chose qui se paie avec un prix très cher en Colombie.

Et je crois que j’ai payé vraiment le prix.

Vous citez dans votre livre un proverbe Hindou qui dit : « Pour nettoyer l’escalier, il faut commencer par en haut. » Et c’est ce que vous allez faire : vous allez dénoncer publiquement.

Oui, mais je pense qu’il faut, il faut dénoncer mais il faut aussi arriver à la présidence de la République.

Parce que si on veut nettoyer du haut, il faut être en haut pour pouvoir nettoyer et si je veux être Présidente de la République en Colombie, c’est parce que je sais qu’il faut avoir le pouvoir pour rompre ces relations entre le pouvoir colombien et les mafias.

Il y a une relation qui est .. c’est une équation :

Aujourd’hui, le monde est très sensible au terrorisme et ce terrorisme, nous avons découvert est financé par la drogue.

Mais cette drogue n’est possible que dans les pays où il y a peu de démocratie ou une démocratie inefficace comme en Colombie.

Et le monde doit comprendre cela, doit comprendre qu’il n’y a pas de solutions simples.

Il faut passer par l’exercice de donner aux pays du monde de véritables démocraties, pour que tous, nous dans ce village planétaire, nous soyons protégés contre le terrorisme qui est en fait l’expression de cette corruption qui se nourrit de l’état ou de l’état qui n ‘existe pas, ou d’un état non-démocratique et du trafic de la drogue.

C’est important de faire cette liaison entre terrorisme et manque de démocratie.

Ingrid Bétancourt, avant de devenir Présidente de la République.. , vous avez été élue députée.

Et je voudrais revenir quand même à ça parce que vous aviez vécu à l’étranger puis vous retournez en Colombie. Et pour vous faire élire, vous employer un système, je vais quand même le sortir car c’est assez incroyable, votre symbole presque, c’est le préservatif !

Parce que la corruption pour vous, c’est synonyme de Sida, donc préservatif.

Et vous la fille de ministre, vous allez distribuer tous ces préservatifs aux carrefours de Bogota. C’est un vrai scandale !

Avec une précision, c’est que je n’ai jamais ouvert !

Vous les laissiez fermés ! Vous voulez que je le remette dans le paquet ?

Mais c’était un symbole, c’était une façon de dire aux Colombiens et de le dire de façon à ce qu’ils ne l’oublient pas : la corruption en Colombie, c’est l’équivalent du Sida, c’est quelque chose sur lequel il faut se protéger. Et la meilleure façon de se protéger, c’est de voter aux élections et de voter pour des personnes honnêtes. »

Alors je donnais le préservatif en disant à la personne : » J’espère que vous vous souviendrez de moi lors des élections ! »

Et ils se sont souvenus de moi !

Vos parents n’ont pas tellement apprécié, je crois ?

Non, mon père était très vexé, il a trouvé que c’était quelque chose de très mauvais goût.

C’est pour ça que je dis que je n’ouvrais pas le sachet.

Ca a été un processus. Au début, il a trouvé que c’était indigne que sa fille soit aux carrefours de Bogota à distribuer des préservatifs.

Par la suite lorsqu’il a compris le message et qu’il a compris que les autres le comprenaient, parce que finalement, pour lui, ce qui était très gênant, c’était ses amis qui l’appelaient

« Ah, tu sais, j’ai vu ta fille au coin d’une rue elle m’a donné un préservatif ! Ha, ha, ha, ! » et il trouvait que c ‘était très gênant pour lui.

Mais lorsqu’il a eu le second retour de cette affaire, que ses amis l’appelaient et lui disaient : « Tu sais l’histoire de ta fille avec sa répartition de préservatifs, ça nous fait réfléchir à tous, c’est quelque chose qui n’est pas si mal et c’est vrai qu’il faut qu’on réagisse, qu’il faut qu’on se protège en tant que société. »

Et donc, à partir de là, comprenant la réflexion qu’il y avait derrière, il a commencé à se sentir, je crois, fier finalement de l’audace de sa fille.

Et quand vous avez balancé à la Chambre des députés cinq noms de parlementaires mêlés à la mafia, il a dû avoir très peur !

Il a eu très peur.

Nous avons tous eu très peur, parce que ça a été un geste spontané, presque irréfléchi. Et ensuite, on a compris la dimension de ce que cela représentait, et donc ... Parce que combattre la corruption en abstrait, c’est très facile !

Dire que la corruption, c’est mauvais et dire qu’il faut absolument vaincre la corruption, tout le monde le fait.

Mais attaquer les personnes corrompues, celles qui font la corruption, avec un nom, avec un prénom, en montrant ce qu’ils ont fait, les documents les chèques...

Là ce n’est plus bien vu.

Là, on devient ennemi personnel de cette personne qui est puissante, puisqu’elle a réussi à faire ce qu’elle a fait en totale impunité.

Et cette corruption, cet affairisme d’état est évidement lié à la mafia. Ce sont les mêmes circuits qui servent.

Et à partir de là on savait qu’on avait, enfin, j’avais acquis des ennemis très dangereux.

Mais en même temps, j’ai eu de grandes récompenses.

Ce jour-là, lorsque ma déclaration sort à la télévision et j’étais en campagne.

C’était une interview télévisée, on me demande : « Oui, vous luttez contre la corruption, vous distribuez des préservatifs, mais quels sont les corrompus en Colombie ? »

En général, les gens disent : « Il y en a beaucoup. » et ils prennent la tengeante.

Et là, j’ai donné les noms de ceux qui, je pensais, étaient véritablement les plus corrompus.

Ca passe dans le journal d’informations à Bogota et cinq minutes après, le téléphone sonne et j’ai cet homme extraordinaire au téléphone – il s’appelle ///////, c’est un industriel, un des hommes les plus respectables de la Colombie qui me dit : « Ingrid, je viens d’écouter ce que vous avez dit, je suis tout à fait avec vous. C’est très dangereux ! Mais je veux vous aider, qu’est-ce que je peux faire pour vous, avez-vous besoin d’argent ? »

-Oui, évidement, j’étais en pleine campagne, oui, j’ai besoin d’argent !

-Quelle est la somme dont vous avez besoin ?

Je lui donne une somme, j’ai même pas pensé et il m’a envoyé le chèque le lendemain

Et ça m’a beaucoup aidé pour la campagne !

Vous dites à un moment : « C’était la grâce ». Il y a des cadeaux qui vous sont venus comme le local, de votre.., le siège..

Voilà, on le voit là. ?

Un palais qui était un décrépi et tout, mais qu’on vous a presque offert comme ça.

C’était le miracle !

C’était le miracle.

Il fallait que ça se fasse !

C’était le miracle, parce que je vois cette maison extraordinaire dans le centre de Bogota.

Et je me dis, ce serait parfait ça pour un QG de campagne. Ce serait le siège qu’il nous faut !

C’était une maison vide.

Alors je parle un petit peu avec les gens autour.

On me dit : « C’est une maison qui appartient au notaire du coin, allez-le voir ! »

Alors je vais voir le notaire du coin, je ne connais pas le notaire, je ne sais pas qui c’est.

Et j’arrive et c’est une femme qui me reçoit.

Et je lui dis : « Voilà, je voudrais savoir si vous seriez intéressée, je voudrais louer votre maison parce que je me lance en politique. C’est la première fois que je vais le faire et je sais qu’il faut que j’aie un siège et je me dis que peut-être, je peux louer cette maison ? »

Elle me dit : «Mais, absolument pas. Il est hors de question, d’ailleurs.... »

Alors je commence à lui dire : « Vous savez, c’est important parce que je veux faire ma campagne pour lutter contre la corruption .. » et je commence à lui parler de mes idées et .. elle me regarde comme ça et elle me dit ; » Bétancourt, Bétancourt, vous seriez pas la fille de Gabriel Bétancourt ? »

Alors je ris et je dis « oui ! »

Alors elle me dit : « Ah, j’étais très amie de votre tante ! » et elle ouvre un tiroir de son bureau, elle me sort une photo avec ma tante préférée, et .. elles avaient 15 ans ! Inouï !!

Et elle me dit : « Mmm, je vais t’aider, je te laisse la maison, on parlera argent après ! »

Et vous aviez le plus beau siège de...

Oui, c’était une vieille maison extraordinaire, un petit palais extraordinaire.

Et aussi les énergies qu’il y avait dedans parce que finalement, on se nourrit aussi des énergies, des gens.

Et quand j’ai eu cette maison, je me disais en moi-même « Avec cette maison et ce siège, il est impossible que je ne sois pas élue ! »

Mais oui, vous avez cette confiance quand même, je ne sais pas si c’est en vous ou dans l’univers, mais quand vous voulez quelque chose, vous êtes sûre d’y arriver, non ?

Je crois que mon père me disait qu’il n’y a rien d’impossible dans la vie et j’ai fini par croire ce qu’il me disait.

Donc je pense qu’il n’y a rien d’impossible du moment où l’on veut vraiment que les choses arrivent.

On a une photo de vous là ... où vous êtes vraiment mal en point.

C’est après cette grève de la faim de 2 semaines. Vous êtes inconsciente parce que vous avez ramassé des microbes là au sein du parlement ou vous faisiez cette grève. Et si vous l’avez faite, cette grève c’est parce que vous étiez révoltée vraiment par ce qui s’était passé et que vous vouliez montrer à tout le monde que rien ne se passait normalement : que le procès que Samper, le président de la république voulait en installant une commission d’enquête, et bien cette commission d’enquête n’était constituée que d’amis de ce président. Donc, c’est la révolte et il n’y a plus qu’une chose, c’est la grève de la faim.

Oui.

Et puis, vous dites un moment « Pour moi c’est un échec, je n’ai pas pu aller jusqu’au bout. » Mais d’un autre côté, vous êtes parvenue quand même à rassembler une sympathie énorme de la part des Colombiens.

Oui, c ‘est vrai. D’autant plus que lorsque je commence la grève de la faim, les médias Colombiens ridiculisent cette affaire. Ils disent que je suis une bourgeoise qui fait semblant de ne pas manger alors qu’elle mange le soir. Alors que le peuple, lui crève de faim véritablement. C’était quelque chose d’odieux, parce qu’ils ne voulaient pas faire passer le message. Alors qu’en fait, c’était un moyen de mettre le doigt où il fallait, c’est à dire, comme vous le disiez, le procès contre le président Samper était un procès truqué et que ,bon, les résultats seraient truqués également. Et l’extraordinaire, c’était que les jours passant, il était évident que... on maigrissait, on maigrissait et ils ne pouvaient plus dire que c’était faux. Et donc quand les gens ont commencé à voir qu’il y avait véritablement une cohérence entre ce qu’on disait et ce qu’on faisait et qu’on était en train de pater un prix fort, celui de finalement presque tomber malade parce qu’on voulait que ça se sache.

Il y eu un changement dans l’opinion publique et ceux qui avaient cette attitude un peu goguenarde, se moquant un petit peu de ce qu’on faisait ont commencé à respecter la lutte qui était la nôtre.

Et à partir de ce moment-là, le procès du président Samper n’a plus été vu avec dans le pays. c’est à dire, comme on voulait le présenter : c’est à dire le procès du président Samper, un procès transparent et honnête ...

Tout le monde a compris que c’était un procès truqué et c’était important que les Colombiens le comprennent parce que des mois auparavant tous les témoins qui devaient comparaître et témoigner à ce procès ont tous été tués !

Donc nous sommes en train de parler de corruption, nous sommes en train de parler

d’alliances entre le pouvoir et la mafia et nous sommes en train de parler de crimes et de gens qui tuent.

Mais cette grève de la faim aussi vous a laissé un souvenir assez pénible aussi. C’est celui de votre petit garçon Lorenzo, Loli, comme vous l’appelez, qui lui ne veut plus se nourrir non plus. Et là, je voudrais parler de vos enfants. On va voir une photo d’eux quand ils étaient petits.

Voilà ! Mélanie et Lorenzo et eux, ont vécu quand même et vivent encore je crois dans le danger permanent et ça c’est quelque chose qui vous perturbe.

Vous qui êtes quand même, je considère, une femme forte.

Peut-être est-ce là votre faiblesse. Vous êtes toujours inquiète.

Vous dites « J’ai une peur animale quand je pense à mes enfants. »

Maintenant, ils sont grands.

Oui, maintenant, ils sont grands et surtout..

On va les voir plus grands avec vous.

Ils ont quel âge maintenant ?

Mélanie a 16 ans et Lorenzo a 13 ans.

Et vous avez dû vous séparer d’eux à plusieurs reprises ?

Oui. La première fois, Mélanie avait 10 ans et Lorenzo avait 7 ans.

je pense que.. on peut s’accoutumer à tout sauf à ça.

A la séparation, mais aussi aux menaces qui vous sont arrivées les concernant.

A la séparation, à la séparation. Les menaces produisent la séparation.

Quand les menaces vous touchent vous personnellement, vous assumez. D’une certaine façon,

c’est un choix. Enfin, pour moi, il était clair que j’avais pris un engagement et que même sous la menace, je n’allais pas changer mon engagement.

Mais là, où ça a été vraiment très, très pénible, c’est la décision de me séparer de mes enfants.

Cà, ça... Et je pense que...

Le temps passe, mes enfants sont grands, ce sont des adolescents et.. la douleur est toujours là.

 

Suite de l'émission

 

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